Dolphin Integration intègre à son offre une technologie de l'Université Joseph Fourier

Dolphin Integration intègre à son offre une technologie de l’Université Joseph Fourier – Grenoble 1

L'entreprise grenobloise a contractualisé une licence d’exploitation avec l’Université Joseph Fourier (UJF) et Grenoble INP, par l’intermédiaire de la filiale de transfert de technologie de l’UJF, Floralis. Cette technologie est issue du laboratoire TIMA (Techniques de l’Informatique et de la Microélectronique pour l’Architecture des systèmes intégrés) reconnu mondialement pour son expertise depuis plus de 25 ans.

Dolphin Integration développe des logiciels de CAO (conception assistée par ordinateur) dédiés à la conception de circuits électroniques, microélectroniques et multi-domaines, comme les logiciels SLED et SMASH. Ces produits constituent la principale solution de saisie de schéma et de simulation commercialisée par DOLPHIN. Dans un processus global de conception de circuits, la simulation est une première phase de validation, chargée de détecter les problèmes avant de passer à une phase de prototypage où la découverte d’erreurs est plus coûteuse à réparer.

La technologie TIMA nouvellement acquise est intégrée aux produits SLED et SMASH et permettra de vérifier automatiquement les propriétés ou les fonctionnalités des circuits que les clients souhaitent développer. Ces vérifications peuvent opérer à chaque étape de conception du système jusqu’à son prototypage matériel, permettant ainsi de réduire encore le nombre d’erreurs, le gain de temps et donc d’argent dans le développement d’un circuit électronique ou microélectronique.

Ce transfert de technologie vient couronner cinq années de travail de recherche du laboratoire TIMA et un an de collaboration avec Dolphin Integration. Laurence Pierre, professeur UJF et responsable d’équipe à TIMA se réjouit de cet accord « Floralis offre le support nécessaire dans ce type d'entreprise. Elle nous a conseillé et a apporté une aide conséquente dans la rédaction du contrat de licence d'exploitation, nous nous félicitons qu’il ait pu aboutir ».

« Nous avons déjà pratiqué l’achat de licence dans le but d’élargir notre offre pour répondre aux besoins du marché et mieux vendre nos produits. A partir du moment où certaines conditions sont respectées, notamment le caractère innovant de la technologie et la complémentarité avec notre offre, accompagné d’un modèle d’affaire gagnant-gagnant, l’achat de licence permet de diminuer le temps de mise sur le marché d’une solution », explique Gilles Depeyrot, responsable de l’activité de développement de progiciels de CAO microélectronique à Dolphin Integration.

Afin d’en savoir plus sur ce transfert de technologie, nous sommes allés à la rencontre des protagonistes : Laurence Pierre, professeur UJF et responsable d’équipe à TIMA, et Gilles Depeyrot, responsable de l’activité de développement de progiciels de CAO microélectronique à Dolphin Integration.


Rencontre avec Laurence Pierre, professeur UJF, responsable d’équipe à TIMA  

Parlez nous de la technologie que vous avez développée ?
Il s'agit d'une technologie originale de construction de moniteurs de surveillance à partir de spécifications exprimées dans le langage standard IEEE "PSL", c'est-à-dire d'assertions de bon fonctionnement qui peuvent être intégrées à des descriptions de circuits en VHDL ou Verilog.
Les moniteurs produits à partir de ces assertions logico-temporelles sont eux-mêmes des composants exprimés en VHDL ou Verilog synthétisable. Ils peuvent donc être utilisés, associés au circuit à vérifier, en simulation ou en émulation matérielle, et peuvent même être embarqués avec le circuit pour de la surveillance en ligne. En effet, ils sont optimums en surface, et ne sont pas intrusifs. La méthode de construction possède également la particularité unique d'avoir été formellement prouvée correcte (c'est-à-dire cohérente avec la sémantique de PSL), ce qui procure une sécurité indéniable.

Votre équipe avait-elle déjà travaillé avec Dolphin Integration ?
Nous n'en avions pas encore eu l'occasion. Nous nous sommes naturellement rapprochés de Dolphin Integration lorsque nous avons souhaité mettre en place un projet ANR (Agence Nationale de la Recherche) intégrant notamment un transfert technologique de notre solution de vérification. Leurs outils, SMASH en particulier, présentaient un cadre idéal.

Pensiez vous que cela aboutirait à la concession d’une licence d’exploitation ?
A ce moment-là, nous n'avions pas décidé précisément comment concrétiser cette collaboration avec Dolphin Integration. C’est l’avancement du projet ANR qui a renforcé l’idée qu’un transfert de technologie de ce type était possible, nous avons donc pris conseil auprès du service de valorisation de Floralis.
 
Sur quels autres projets travaillez-vous en ce moment ?
Cette solution de vérification à base de moniteurs de surveillance évolue principalement dans deux directions :

  • via une collaboration avec une autre équipe de TIMA, la construction de moniteurs selon le même principe, mais en technologie asynchrone (Quasi Delay Insensitive) afin de les rendre robustes aux variations environnementales,

  • l'adaptation des mêmes principes de base dans le contexte de la vérification de systèmes sur puce décrits en SystemC TLM : un outil prototype existe déjà, qui permet de produire, et d'associer à une description SystemC transactionnelle, des "moniteurs" logiciels associés à des spécifications en PSL.

Nous avons également fait évoluer nos méthodes vers la synthèse de contrôleurs à partir de spécifications PSL, les composants synthétisés pouvant notamment être utilisés comme golden models dans un processus de vérification.
Enfin, parmi les travaux de notre équipe se compte également un projet très différent, concernant l'exploitation des méthodes formelles pour l'analyse de robustesse en présence de fautes transitoires, en collaboration avec une autre équipe de TIMA et des partenaires du LIP6.


Rencontre avec Gilles Depeyrot, responsable de l’activité de développement de progiciels de CAO microélectronique à Dolphin Integration.


L’achat de licence fait-elle partie de la stratégie de R&D de Dolphin Integration ?
Nous avons effectivement déjà pratiqué l’achat de licence dans le but d’élargir notre offre pour répondre aux besoins du marché et mieux vendre nos produits. A partir du moment où certaines conditions sont respectées, notamment le caractère innovant de la technologie et la complémentarité avec notre offre, accompagné d’un modèle d’affaire gagnant-gagnant, l’achat de licence permet de diminuer le temps de mise sur le marché d’une solution.

Quels sont les défis liés à l’intégration de la technologie acquise ?
Quelle que soit la technologie, la réponse à deux défis de nature très différente constitue l’essentiel du processus d’industrialisation et de commercialisation (I&C) d’innovations venant de partenaires tels que les laboratoires de recherche :

  • En premier lieu, il y a le défi technique d’intégration dans des produits existants. Il s’agit d’abord de comprendre le fonctionnement de la technologie, d’appréhender son envergure et ses limitations et de décliner ses domaines d’application. Ensuite, il s’agit d’industrialiser la technologie, soit en développant tout ou partie de la fonctionnalité à partir de ses spécifications techniques détaillées, soit en généralisant son implémentation et en validant pour améliorer la robustesse du code. Il s’agit d’intégrer la technologie de manière sécurisée au sein des produits, en interaction étroite avec le laboratoire de recherche.

  • En deuxième lieu, en parallèle de l’intégration technique, il y a le défi marketing d’intégration dans l’offre existante. Il s’agit alors de comprendre les domaines d’application, de décliner les segments de marchés visés, de positionner les fonctions apportées par rapport à la concurrence et de développer l’ensemble des collatéraux de vente, de la liste de prix jusqu’aux tutoriaux permettant de convaincre les prospects.

Le plus important dans toute démarche d’I&C est que, la technologie peut être la meilleure et/ou la plus efficace qui soit, la valeur sur le marché se mesure par comparaison à la valeur commerciale de solutions concurrentes et la solution ne peut se vendre sans un effort marketing et commercial conséquent.

Comment cette technologie s’intègrera-t-elle à vos produits existants ?
Lors de la phase d’industrialisation, nous avons développé les modules nécessaires pour intégrer la technologie initiale à nos produits, sous forme de deux options. L'une enrichit le simulateur SMASH du support des propriétés PSL, l'autre permet une génération automatique de moniteurs synthétisables à partir de ces mêmes propriétés à partir de l’éditeur de schéma SLED. Les deux contribuent à renforcer notre solution de conception et de déverminage de circuits mixtes en intégrant des fonctions de vérification à base d’assertions (ABV - Assertion Based Verification).
D’un point de vue utilisateur, ces options sont activées ou non, selon qu’elles sont nécessaires pour ses propres applications. Cette approche facilite d’ailleurs grandement les discussions lors des étapes de valorisation de la technologie débouchant sur l’accord de licence.