Anatoscope : concevoir automatiquement des maquettes anatomiques personnalisées

Anatoscope, startup essaimée du Laboratoire Jean Kuntzmann et de l'INRIA, propose un dispositif permettant de créer des maquettes anatomiques personnalisées et simulables physiquement à partir de données issues du patient. Les applications visées vont de l'odontologie à la chirurgie plastique en passant par l'éducation aux sciences de la santé. Rencontre avec François Faure, l’un de ses fondateurs.


Comment vous sont venues l’idée et l’envie de créer une startup ?

Depuis plusieurs années, je m’investis dans la démarche de transfert technologique. Je considère le transfert comme une mission essentielle et aussi noble que la recherche fondamentale. Ce qui m’intéresse c’est de répondre à des problèmes concrets. Alors ce projet de startup, je le vis comme une évolution logique de ma carrière. Un véritable changement dans la continuité !

Et puis, en prenant les rênes d’une startup, on a la possibilité de dépasser les limites, parfois frustrantes, de la recherche partenariale : l’entreprise n’est intéressée que par une petite partie des recherches menées ou par une technologie développée il y a plusieurs années. Avec Anatoscope, on avait toutes les clés en main pour proposer une application complète de nos recherches. C’est aussi cela qui nous a poussé à franchir le pas.


Pouvez-vous rapidement décrire votre produit ?

Nous avons développé un dispositif qui permet de créer automatiquement des maquettes anatomiques personnalisées et simulables physiquement. Ces maquettes correspondent ainsi à l’anatomie exacte du patient et sont utilisées pour simuler et visionner les conséquences anatomiques et morphologiques de certaines interventions médicales.

 

 

 

D’où provient la technologie d’Anatoscope et quels sont ses avantages?

Anatoscope repose sur la valorisation d’une technologie issue de l’équipe Imagine (LJK/INRIA) et d’une collaboration pérenne avec le CHU de Grenoble. Notre stratégie est semblable à celle qui domine la médecine personnalisée : permettre la prescription d’un traitement le plus adapté à un patient et en prévoir les conséquences dans le domaine de la simulation biomécanique.

L’un des avantages concurrentiels d’Anatoscope c’est bien sûr de proposer des maquettes parfaitement adaptées à l’anatomie du patient à partir de données diverses (images IRM, tomodensitométrie, mensurations, etc.). Mais la véritable évolution, c’est la capacité d’automatiser la construction de ces maquettes. On passe ainsi d’une évaluation empirique à la rigueur de la simulation. C’est une première dans la représentation d’organes avec des géométries déformées et la modélisation de systèmes mécaniques !

 

Quelles sont les applications envisagées ?

Nous travaillons main dans la main avec les professionnels de santé et leurs appréciations ont conforté la pertinence de notre produit. Actuellement, nous développons une application dédiée à l’orthodontie pour permettre de visualiser en temps réel les conséquences d’un traitement orthodontique sur la morphologie faciale du patient. Un second projet qui accompagne la conception de corsets personnalisés pour des cas de scoliose est également en cours de développement. Il permettra d'assister le prothésiste pour obtenir directement la correction prescrite par le médecin, et optimiser le confort pour le patient.

Au-delà d’une aide à la prescription, Anatoscope ouvre de nouvelles voies dans la relation patient/médecin. Ce dispositif numérique devrait aider le praticien à mieux expliquer au patient le traitement qu’il va recevoir et ses conséquences. Grâce à la modélisation personnalisée et à la simulation en temps réel, le patient est à même de se saisir de certains enjeux de l’intervention prévue. C’est une belle évolution de cette relation trop souvent perçue comme paternaliste et asymétrique.


Où en est Anatoscope et quelles sont ses perspectives ?

La startup est en cours de création et l’Université Joseph Fourier nous soutient tout particulièrement. Un prototype du dispositif appliqué à l’orthodontie va entrer en test auprès de professionnels. Il nous reste encore du travail dont l’ensemble des étapes de validation médicale mais on espère pouvoir commercialiser le produit d’ici un an.

 

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Le projet Anatospcope est mené par François Faure, professeur UJF au LJK et Frederick Vanmeer, docteur en robotique et ancien dirigeant d’une PME spécialisée dans la robotique médicale et industrielle. Olivier Palombi, neurochirurgien et professeur d'anatomie au CHU de Grenoble (MD-PhD) et Benjamin Gilles, chercheur CNRS au LIRMM (Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier) occupent le rôle de conseillers scientifiques.

 

En savoir plus : www.anatoscope.com